Dioxyde de soufre (SO2) : sources, seuils et zones à risque

Mis à jour le 11 septembre 2026 · 11 min de lecture

Dioxyde de soufre (SO2) : sources, seuils et zones à risque

Le dioxyde de soufre (SO2) a été divisé par 20 en France depuis 1990, mais il reste surveillé de près en trois endroits bien précis : les zones industrialo-portuaires comme Marseille-Fos, les Antilles lors des émissions volcaniques de la Soufrière, et plus ponctuellement La Réunion près du Piton de la Fournaise. Voici d'où vient ce gaz aujourd'hui, quels seuils déclenchent une alerte, et ce qu'il faut faire si tu vis dans l'une de ces zones. Tu peux aussi consulter directement notre fiche dioxyde de soufre (SO2), qui fait partie de nos six fiches détaillées par polluant.

D'où vient le dioxyde de soufre aujourd'hui ?

Historiquement, le SO2 était surtout un polluant industriel et énergétique : il se forme lors de la combustion de charbon, de fioul lourd ou de tout combustible contenant du soufre. En France métropolitaine, les principales sources actuelles restent concentrées autour de quelques grands pôles. La zone industrialo-portuaire de Marseille-Fos en est l'exemple le plus documenté : elle regroupe des raffineries, des sites pétrochimiques, une sidérurgie et un grand port de commerce, et d'après l'observatoire régional AtmoSud, l'industrie y reste le principal émetteur de SO2 avec 54 % des émissions locales, même si une baisse régulière est observée depuis 2012.

Le transport maritime a longtemps été un contributeur important dans les zones portuaires, avant l'entrée en vigueur en 2025 de la zone de contrôle des émissions de soufre en Méditerranée (norme MARPOL Annexe VI), qui impose aux navires un carburant beaucoup moins soufré. Selon les travaux d'AtmoSud, les navires pouvaient représenter jusqu'à 25 % des émissions de SO2 dans l'agglomération marseillaise avant cette réglementation. Le Havre, autre grand port pétrolier et pétrochimique français, connaît une dynamique comparable, avec une surveillance renforcée autour des terminaux et des raffineries.

À côté de ces sources industrielles et portuaires, il existe une source entièrement naturelle et incontournable dans deux territoires français : le volcanisme actif. La Soufrière de Guadeloupe et le Piton de la Fournaise à La Réunion émettent tous deux du SO2 en continu ou par bouffées, y compris en dehors de toute éruption majeure.

Pourquoi les émissions ont-elles autant chuté depuis 1990 ?

La baisse est spectaculaire et bien documentée. D'après le rapport Secten 2026 du Citepa, l'organisme qui réalise chaque année l'inventaire officiel des émissions françaises pour le compte du ministère de la Transition écologique, les émissions françaises de dioxyde de soufre ont reculé de 95 % entre 1990 et 2024, dont près de 10 % rien qu'entre 2023 et 2024. L'estimation provisoire pour 2025 situe les émissions à environ 70 kilotonnes, un niveau déjà inférieur aux objectifs fixés pour la période 2025-2029 par le Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PREPA).

Cette chute s'explique par plusieurs décisions cumulées sur trois décennies. La désulfuration des fiouls et des combustibles industriels, imposée par des réglementations européennes successives, a considérablement réduit la teneur en soufre des carburants utilisés dans l'industrie et le chauffage collectif. La fermeture progressive des centrales à charbon et leur remplacement par d'autres sources d'énergie a supprimé une part importante des émissions historiques du secteur énergétique. Les grandes installations de combustion sont désormais équipées de systèmes de désulfuration des fumées, qui captent le SO2 avant son rejet dans l'atmosphère. Le chauffage domestique au fioul, en net recul, a lui aussi cessé d'être une source significative.

Résultat : le SO2, qui figurait parmi les polluants majeurs des grandes villes françaises dans les années 1970 et 1980 (à l'origine, avec les fumées noires, des premiers indices de pollution atmosphérique), est aujourd'hui un polluant résiduel à l'échelle nationale, sauf dans les zones où une source ponctuelle, industrielle ou volcanique, continue d'en produire localement.

Quels sont les seuils réglementaires pour le SO2 ?

Le code de l'environnement, à l'article R221-1, fixe pour le dioxyde de soufre un seuil d'information et de recommandation à 300 microgrammes par mètre cube (µg/m3) en moyenne horaire, et un seuil d'alerte à 500 µg/m3 en moyenne horaire, ce dernier devant être dépassé pendant trois heures consécutives pour déclencher les mesures d'urgence. Ce sont des seuils élevés par rapport aux autres polluants, ce qui reflète historiquement une toxicité aiguë qui se manifeste surtout lors de pics courts et intenses, plutôt qu'une exposition chronique à bas bruit comme pour les particules fines.

Les recommandations de l'OMS, révisées en 2021, retiennent une moyenne journalière de 40 µg/m3, sans valeur guide annuelle spécifique pour ce polluant contrairement aux particules fines ou au dioxyde d'azote. La directive européenne 2024/2881, entrée en vigueur fin 2024, resserre elle aussi les valeurs limites applicables à partir de 2030, avec une valeur limite annuelle abaissée à 20 µg/m3 pour le SO2, conformément à l'orientation générale du texte qui rapproche les seuils européens des recommandations sanitaires internationales sur plusieurs polluants, dont les PM10, les PM2,5, le dioxyde d'azote et le dioxyde de soufre.

Tableau des seuils SO2

RéférencePériode de moyenneValeurCe que ça déclenche
OMS 2021Journalière40 µg/m3Repère de santé publique, non contraignant
Directive UE 2024/2881Annuelle, à partir de 203020 µg/m3Nouvelle valeur limite réglementaire
R221-1, seuil d'informationHoraire300 µg/m3Recommandations sanitaires, information du public
R221-1, seuil d'alerteHoraire, 3 h consécutives500 µg/m3Mesures d'urgence, restrictions possibles
Alerte Bourg-Murat, 16 mars 2026Moyenne horaire mesurée593 µg/m3 (pic 673)Seuil d'alerte dépassé pendant 3 heures
Objectif de qualité Guadeloupe (Gwad'Air)Annuelle50 µg/m3Repère local de bonne qualité de l'air

Où le SO2 reste-t-il surveillé de près ?

Trois types de zones concentrent aujourd'hui la surveillance du SO2 en France. D'abord les zones industrialo-portuaires métropolitaines, où Marseille-Fos reste la référence la plus étudiée par AtmoSud, avec une exposition qui touche surtout les communes proches du complexe industriel, sous les vents dominants. Le Havre, en Normandie, présente une problématique comparable autour de ses installations pétrolières et pétrochimiques.

Ensuite, et c'est une spécificité française peu connue en métropole, les Antilles. En Guadeloupe, l'association agréée de surveillance de la qualité de l'air Gwad'Air précise que les phénomènes naturels, en particulier les éruptions volcaniques et les feux de forêt, constituent la principale source naturelle de SO2, tandis que la part liée aux activités humaines provient à 97 % du secteur de la production d'énergie. Depuis 2023, la Soufrière de Guadeloupe émet des concentrations élevées de dioxyde de soufre et de sulfure d'hydrogène, suivies en temps réel par une station de mesure installée à proximité du volcan, ce qui permet d'ajuster les recommandations sanitaires en cas de hausse.

Enfin, La Réunion, autour du Piton de la Fournaise, dont l'activité éruptive peut générer des pics ponctuels mais parfois très intenses. Un exemple récent et bien documenté : le 16 mars 2026, une station fixe de mesure a enregistré, dans le secteur de Bourg-Murat, un dépassement du seuil d'alerte sanitaire de 500 µg/m3 pendant trois heures consécutives, avec une moyenne de 593 µg/m3 et un pic à 673 µg/m3. Cet épisode illustre bien la nature du risque volcanique : ponctuel, localisé sous le panache, mais pouvant atteindre en quelques heures des niveaux bien supérieurs à ceux des zones industrielles les plus exposées de métropole.

Quels sont les effets du SO2 sur la santé ?

Le dioxyde de soufre est un gaz irritant pour les voies respiratoires. À des concentrations élevées, il peut provoquer une toux, une gêne respiratoire, une aggravation des crises d'asthme et une diminution mesurable de la capacité respiratoire, en particulier chez les personnes déjà sensibles : asthmatiques, personnes souffrant de bronchite chronique, jeunes enfants et personnes âgées. Contrairement aux particules fines, dont l'essentiel du risque documenté par Santé publique France repose sur une exposition chronique de fond, l'essentiel du risque lié au SO2 en France aujourd'hui se manifeste lors d'épisodes de pointe courts, qu'ils soient industriels ou volcaniques.

Cela ne signifie pas que le SO2 est sans intérêt de suivi en dehors des pics : il participe aussi, avec les oxydes d'azote, à la formation de pluies acides et contribue, une fois transformé dans l'atmosphère, à la fraction secondaire des particules fines. Mais pour un particulier, le message pratique reste simple : le risque se concentre sur les périodes d'alerte annoncées, pas sur une exposition permanente comme c'est le cas pour les PM2,5.

Que faire lors d'un épisode de SO2 ?

Les recommandations sanitaires en cas de dépassement du seuil d'alerte suivent une logique commune à la plupart des épisodes de pollution atmosphérique aiguë, avec quelques particularités propres au SO2 :

  1. Consulter l'indice ATMO de ta commune sur la carte en direct de cartequaliteair.fr pour savoir si une alerte est en cours (le mode de calcul de cet indice est détaillé dans notre guide de l'indice ATMO).
  2. Limiter les efforts physiques intenses en extérieur pendant la durée de l'alerte, en particulier pour les personnes asthmatiques.
  3. Fermer les fenêtres du côté exposé au vent dominant si tu habites à proximité immédiate d'une zone industrielle ou volcanique en alerte.
  4. Éviter de fumer ou de t'exposer à d'autres irritants respiratoires pendant l'épisode, l'effet cumulé aggravant l'irritation.
  5. En cas de gêne respiratoire marquée, de toux persistante ou de crise d'asthme, contacter ton médecin traitant ou, en cas d'urgence, appeler le 15.
  6. Suivre les consignes spécifiques diffusées localement par les autorités et par l'association agréée de surveillance de la qualité de l'air (Gwad'Air, Madininair, AtmoSud selon la zone), qui peuvent recommander des mesures adaptées à la source précise de l'épisode.

Un point important à retenir : contrairement à une pollution industrielle qui peut faire l'objet de mesures de réduction à la source (arrêt temporaire d'une installation, par exemple), un épisode volcanique ne peut pas être stoppé. La seule réponse possible est la protection individuelle et la surveillance en temps réel, ce qui explique l'investissement des AASQA antillaises et réunionnaises dans des stations dédiées au suivi volcanique.

Trois situations concrètes

Le riverain d'une zone industrialo-portuaire. Un habitant de Fos-sur-Mer ou d'une commune proche du complexe pétrochimique respire un air dont le SO2 dépend fortement de la direction du vent : sous mistral (vent de nord-ouest), les émissions industrielles sont généralement rabattues vers la mer, tandis qu'un vent de sud ou une situation de calme atmosphérique peut ramener le panache vers les zones habitées. La baisse continue des émissions industrielles régionales depuis 2012, combinée à la nouvelle réglementation maritime de 2025, a réduit la fréquence des pics par rapport à la décennie précédente, mais l'exposition reste plus élevée qu'ailleurs en France métropolitaine.

L'habitant des Antilles lors d'une émission volcanique. Une famille vivant près de la Soufrière de Guadeloupe ou dans le secteur de Bourg-Murat à La Réunion peut voir l'indice de qualité de l'air se dégrader brutalement en quelques heures, sans lien avec le trafic ou l'industrie locale, uniquement à cause de l'activité volcanique. Le suivi de Gwad'Air et d'Atmo Réunion, via des stations dédiées, permet de détecter ces hausses en temps réel et d'adapter rapidement les recommandations, comme lors de l'épisode du 16 mars 2026 à Bourg-Murat.

La ville sans industrie ni volcan. Dans la grande majorité des communes françaises, éloignées de toute zone industrialo-portuaire et de toute activité volcanique, les niveaux de SO2 sont aujourd'hui résiduels, souvent inférieurs aux limites de détection courantes des instruments de mesure. C'est la conséquence directe de la baisse de 95 % des émissions nationales depuis 1990 : le SO2 y est devenu un polluant presque anecdotique par rapport aux particules fines, à l'ozone ou au dioxyde d'azote, qui restent les vrais sujets de vigilance au quotidien.

Questions fréquentes

Le dioxyde de soufre est-il encore un problème en France ?

À l'échelle nationale, non : les émissions ont baissé de 95 % depuis 1990 selon le Citepa, et la grande majorité du territoire respecte largement les seuils réglementaires. Le SO2 reste en revanche un sujet de vigilance localisé, dans les zones industrialo-portuaires comme Marseille-Fos ou Le Havre, et dans les territoires volcaniques que sont la Guadeloupe et La Réunion.

Pourquoi la Soufrière de Guadeloupe émet-elle du SO2 sans éruption ?

Un volcan actif peut dégazer en continu, même en dehors de toute phase éruptive, à travers des fumerolles et des zones de dégazage diffus. Depuis 2023, la Soufrière présente des concentrations élevées de dioxyde de soufre et de sulfure d'hydrogène, suivies par une station de mesure de Gwad'Air, ce qui ne signifie pas qu'une éruption est en cours mais reflète une activité volcanique persistante.

Le seuil d'alerte de 500 µg/m3 est-il souvent dépassé en France ?

C'est rare à l'échelle nationale, mais pas exceptionnel dans les zones volcaniques : l'épisode du 16 mars 2026 à Bourg-Murat, près du Piton de la Fournaise, a dépassé ce seuil pendant trois heures consécutives avec un pic à 673 µg/m3. Dans les zones industrielles métropolitaines, ce niveau reste beaucoup plus rare depuis la baisse continue des émissions et le renforcement de la réglementation maritime en 2025.

Comment savoir si le SO2 est élevé aujourd'hui dans ma commune ?

Consulte la fiche de ta commune sur la page de recherche de cartequaliteair.fr, qui affiche les concentrations actuelles de SO2 ainsi que des quatre autres polluants réglementés et l'indice ATMO qui en résulte. Si tu vis en Guadeloupe ou en Martinique, les sites de Gwad'Air et de Madininair détaillent en plus le suivi spécifique de l'activité volcanique.

Le transport maritime pollue-t-il encore beaucoup au SO2 ?

Beaucoup moins qu'avant 2025. Selon AtmoSud, les navires pouvaient représenter jusqu'à 25 % des émissions de SO2 dans l'agglomération marseillaise avant l'entrée en vigueur de la zone de contrôle des émissions de soufre en Méditerranée, qui impose désormais un carburant marin beaucoup moins soufré aux navires circulant dans cette zone.

Le SO2 provoque-t-il des pluies acides en France ?

Le phénomène existe toujours en théorie, le SO2 se transformant dans l'atmosphère en composés acidifiants, mais son ampleur a considérablement diminué avec la baisse de 95 % des émissions nationales depuis 1990. Les pluies acides ont surtout marqué les décennies 1970 à 1990, en lien avec les fortes émissions industrielles et énergétiques de l'époque, aujourd'hui largement maîtrisées.

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